Retour

 

 

PARAZA - LES GENS DE L'EAU

  • Raconté par Marie-Jeanne et Jean CANEL
  • Photos : Collection CANEL
  • Textes & recherche ; Patrick CLERC, Alain DORADO
  • Infographie : Jean-Michel LAURO

 

La navigation était dangereuse à certains endroits, telle que la e de l'Aude après Sallèles d'Aude. Par mauvais temps ou vent fort, il n'était pas rare que la péniche ne se retrouve de travers, "partir en vache" dans le jargon des bateliers

 

"La sauterelle" un système acrobatique pour aller à terre lorsque le bateau, chargé ne pouvait pas aller contre le quai par manque d'eau. Il fallait s'accrocher !

 

Marie-Jeanne a du apprendre à escalader l'échelle de fer hum. Par 3 fois, elle esttombée dans les eaux froides du Canalide qui conduisait au quai de l'écluse... Pour promener le chien par exemple"La sauterelle" un système acrobatique pour aller à terre lorsque le bateau, chargé ne pouvait pas aller contre le quai par manque d'eau. Il fallait s'accrocher !

 

Les prises de risque parce que les bateliers sont des "hommes pressés". Pour faire le plus de fret possible, il fallait vite arriver au port

 

 

Ils défendaient ardemment leur métier toujours mis en concurrence avec les transports routiers et ferroviaires.

Les bateliers ont du se battre pour garantir leur métier

1904 : Premières batailles pour créer un groupement général de la batellerie.

Crise de 1930 qui voit diminuer le transport par péniche au profit du ferroviaire ; les barrages sont "cassés" par la Marine Nationale chargeant avec des remorqueurs.

Mai 68 : quatre semaines de grève, jugeant insuffisantes les mesures annoncées par les ministères des Transports et de l'Industrie, ils maintiennent les barrages sur le canal

1973 : Nouvelle crise pour cause de diminution du fret; des mariniers attendaient un mois avant d'avoir un nouveau transport.

 

UNE COMMUNAUTE SOLIDAIRE

Pour faciliter la pérennité de cette communauté et aider les jeunes à rester bateliers, les anciens ont mis en place un système dont on a pu profiter

Payer en travaillant :

Ceci permettait d’acquérir un bateau en remettant 20% du gain du fret au vendeur. C'est ainsi que nous avons pu acheter le "Pourquoi Pas" en 3 ans.

Une coopérative de transport fluviale : Pour accompagner les bateliers, cette coopérative mettait à notre disposition du personnel pour gérer toues les démarches administratives et la comptabilité.

 

Une assistance sociale aidait à remplir les papiers, mettait en place les aides financi-res en cas de coup dur.

Un courtier démarchait tous les transporteurs pour trouver le fret.

Le fret désigne le transport de marchandises d'un lieu à un autre, par différents modes de transport (ferroviaire, fluvial, routier, aérien)

Ce transport a un coût selon le type de marchandises et les opérations logistiques nécessaires pour les déplacer.

Au cœur de l'industrie du transport , un professionnel spécifique joue un rôle crucial en veillant à ce que les marchandises soient acheminées du point A au point B : le courtier en fret doit trouver des transporteurs appropriés pour l'expédition , négocier les tarifs et les conditions pour le compte des expéditeurs et s'occuper de tous les documents d'expéditions nécessaires

Cette coopérative organisait chaque année le "repas des mariniers" : Ce rassemblement n'a concerné que les hommes pendant longtemps ; les femmes "gardaient" le bateau.

Une solidarité à tout épreuve...

"Les gens de l'eau" se soutenaient mutuellement.

Lors d'une chute, Jean s'est cassé l'épaule ; les autres mariniers ont conduit le bateau et une collecte a été organisée pour nous aider financièrement le temps de l'immobilisation.

Ce fut la même chose pour aider des mariniers lorsque leur bateau a coulé.

 

FEMME DE BATELIER

C'est être à la fois : une femme, une épouse, une mère et... un matelot ! Estime Marie-Jeanne.

Il va falloir attendre l'après guerre pour que les femmes de mariniers soient un peu considérées. Elles quittaient peu à peu le rôle de "parfaite ménagère" pour endosser le rôle de "matelot". J'ai même pu passer mon permis de naviguer et aider Jean à conduire et entretenir le Paraza.

Mais il a fallu attendre quelques années pour être autorisée à être présente dans les réunions pour l’attribution du fret ou pouvoir être invitée au repas par la coopérative.

 

Être épouse d'un "barquier" c'est partager une passion mais aussi un quotidien 24h sur 24h

 

En temps que matelot, je devais aider lors des passages d'écluse ; manipuler judicieusement les cordages et le ballon et tirer l'eau du canal avec la tinette.

On épouse aussi un rythme de vie qui oblige à être très organisée et à anticiper

 

Pour les courses par exemple : A l'écluse, je partais faire les courses en Solex et il fallait prévoir de retrouver le bateau 5km plus loin et de ne rien avoir oublié !

On épouse aussi une culture ; avoir un bateau rutilant est une fierté !

Il faut astiquer les cuivres, l'extérieur et l'intérieur : on n'entre jamais en chaussures dans l'espace habitat. Surtout que charger et décharger les céréales met de la poussière partout.

 

Mais le plus douloureux c'est de mettre ses enfants en pension à partir de l'âge de 6 ans. On ne les retrouve que pendant les vacances ou en cas de maladie. Les nôtres étaient à l'école de Toulouse : on passait les voir dès que nos frets nous y amenaient.

 

 

LES ENJEUX DE LA CONSTRUCTION DU CANAL

Relier la Méditerranée à l'Atlantique

Un rêve ancien caressé par les empereurs Romains (Auguste, Néron), Charlemagne et les Rois de France (François Ier, Henri IV)

Ce canal permettrait aux bateaux de contourner la péninsule ibérique et le détroit de Gibraltar, contrôlé par la couronne espagnole, cela représentait un périple de plus de 3000 km. Un excellent moyen de s'affranchir de taxes et de ne pas s'exposer aux pirates et autres corsaires à la réputation barbare.

 

 

Le 17 mai 1681, est inauguré le premier canal réunissant l'Océan et la Maditerranée à travers la France.

 

 

 

Dès son ouverture en 1681, le canal est largement utilisé pour le transport de marchandises et des voyageurs

 

LES BARQUES DE POSTES

Rien à voir avec le courrier... La Poste vient de Postillon qui était le meneur de chevaux. C'était le relais des chevaux. Les "Barques de Postes" furent misent en service sur le Canal du Midi en 1673*. C'était un bateau couvert à fond plat, qui pouvait transporter entre 50 et 100 voyageurs. En 1787, on recense 36 barques. L'ambiance à bord était rocambolesque : Paniers de volailles, chansons paillardes, caisses de morues, indélicatesses de certains passagers indésirables.... Aussi, pour ramener l'ordre, fut-on amené à installer à bord un "garde à bandoulière", chargé de l'expulsion des vagabonds et des porteurs de denrées incommodantes

* Plus plausible 1681(Note du site)

 

 

LES BARQUES MARCHANDES

Les bateaux utilisés pour le transport de marchandises étaient adaptés aux dimensions des écluses du canal

 

 

 

LES MARCHANDISES TRANSPORTEES

Produits agricoles :

Blé et céréales du Lauragais et du Languedoc - Vin du Languedoc exporté vers Toulouse, Bordeaux - Huiles d'olive et autres productions méditerranéennes

Matières premières et minerais :

Sel de Sète et des salins méditerranéens - Bois des Pyrénées transporté vers Toulouse - Pierre de taille, marbre pour construction et sculpture - Minerais aurifères de la Montagne Noire

Produits manufacturés :

Étoffes, textiles, notamment laine soi de la région - Céramiques, faïences et tuiles produites localement - Barriques, tonneaux, essentiels au commerce du vin

ORGANISATION ET LOGISTIQUE DU TRANSPORT

Les ports et haltes fluviales jalonnaient le canal facilitant le chargement et le déchargement des marchandises. Des villes comme Toulouse, Carcassonne, Béziers et Sète étaient des centres névralgiques du commerce fluvial

De nombreuses petites haltes permettaient de charger ou décharger des marchandises locales. Elles servaient aussi de points de ravitaillement pour les équipages

 

 

CHEZ LES CANEL, ON EST BARQUIER DE PERE EN FILS

Mon arrière grand-père était propriétaire d'une scierie à Quillan et utilisait le flottage sur Aude pour transporter les marchandises. Mon grand-père, Léon entre à la compagnie Tarnaise et exerce le métier de batelier.

Il élève son fils Antoine (père) sur me "Ville d'Albi" puis le Roland Rolande". Mon père est né en 1914 à Paraza et passera toute sa vie sur le Canal.

Après la 2ème guerre mondiale, toute la famille reprend une vie de batelier "normale" pour le compte de la Compagnie Générale de Navigation sur le "Bram" puis le "Réole" pour transport du vin, pour finir sur le "Frontignan", transport d'hydrocarbures, que mon père rachète et transforme en 1969 pour le fret de céréales jusqu'en 1976.

 

C'est sur le "Réole" que je commence à travailler dès l'âge de 14 ans. En 1963, je me marie avec Marie-Jeanne, une "terrienne" rencontrée lors des vendanges à Paraza ; elle accepte d'être mon épouse et mon "matelot".

 

Cette même année, nous achetons une péniche en bois datant de 1863 le "Pourquoi Pas"

Il faudra attendre 1967 pour faire construire une péniche en fer de 30 m (transformée ensuite en 38 m)

Le "Paraza" que nous garderons jusqu'en 2000, fin de cette vie nomade par manque de fret.

Notre fils, Philippe, s'est occupé de bateaux de pasagers sur Toulouse.

 

fleche haut

Dans la même rubrique ; L'année 2026 célèbre le 30ème anniversaire de l'inscription du canal du Midi au patrimoine de l'Unesco

- L'âge d'or du canal de Toulouse

 

   

Octobre 2026